Atelier Witkiewicz du mercredi 9 décembre

10 décembre 2009 at 12:15 (Work in progress : le Fou et la Nonne)

Atelier Witkiewicz du mercredi 9 décembre

Présents: Roland, Jeremy, Steven, Alexandre, Lola, Selma, Morgane, Michel
Secrétaire: Morgane
Caméraman: Alexandre

Des nouvelles de Zagreb
Il faut candidater avant le 20 décembre, thème du festival TEST 0 de l’année 2010 : ils l’ont appelé test 0 et pas test 10 pour marquer qu’ils veulent revenir à une création radicale sur le plan performance/installation (comprend aussi danse, musique, vidéo). Présenter le Witkiewicz, pourquoi? En 1935 première représentation du Fou et de la Nonne par Kantor, et début du théâtre Zéro par la même occasion au théâtre Cricot. Dates du festival: du 22 au 27 mars 2010. Hébergement assuré sur trois jours, pas toute la semaine. Voyage en bus, c’est le moins cher : 100 euros aller-retour à peu près.

Des nouvelles de Catastrophe
Création de la compagnie faite autour d’oeuvres de Pawel Jocz, qui est mort l’an dernier. Voir ici un site qui lui est consacré, très bien fait, avec de nombreuses ressources en ligne. J’ai trouvé cette video aussi, je pense qu’il s’agit de lui:

On pourrait avoir un des dessins de cet artiste. Witkiewicz était lui aussi un immense dessinateur, graphiste. J’ai trouvé des liens là-dessus également, à explorer sans compter! Un site polonais et un site sur une expo qui avait été consacrée à l’avant-garde polonaise à Nancy il y a quelques années. D’ailleurs ils font le lien entre Witkiewicz et Schulz, Gombrowicz et Kantor: les 4 mousquetaires!

Dans Catastrophe il y avait un immense portrait que Pawel Jocz avait prêté à la Compagnie et qui servait de lointain, avec des roses des bruns des verts oxydés, cette peinture avait fait tout le voyage des festivals avec la compagnie. C’était autour de la question du terrorisme. Il y a des portraits noir et blanc très proches de la figure de Walpurg et très proches des dessins de Witkiewicz. Il faudrait lire aussi Bruno Schulz, le traité des mannequins. Tout cela fait partie du background de Witkiewicz.

On aurait un portrait en scène alors. Faudra voir où le mettre. Un impératif sur le plan des lumières: descendre les par sur le lit, comme une sorte de plafond de lumière. Et du point de vue de la construction de l’espace, bizeauter la scène avec deux paravents de chaque côté: avoir un décalage par rapport au spectateur. Ca ferait deux paravents en oblique qui déplacent le point de vue du spectateur.

Pour les séances de décembre sans Michel: lundi on se retrouve pour la projection du Docteur Caligari + un autre film, confirmer horaire et salle d’ici à ce week-end. En janvier, pendant l’absence de Michel, Laura nous propose des ateliers corps et voix à la place de nos répétitions habituelles. Possibilité à voir ensemble d’organiser une journée entière de travail sur le corps pendant les vacances (elle demanderait alors 3 euros par personne).

Programme du jour
On reprend la fin de l’acte I et on conduit tout l’acte II. Vendredi on prendra l’acte III.

Sur la scène, dans l’angle fond à jardin: un divan rouge (le bordel), avec un lampadaire pour rappeler un élément de la ville (« c’est nous les dingues », disent les infirmiers, faire « un tour en ville »). Le côté cabaret donc. Le lampadaire comme sur l’affiche des Illuminations, première pièce des Indifférents.
Vous pouvez voir en petit l’affiche du spectacle Illuminations de 1999 ici:
(Voir les peintures d’Otto Dix pour le côté cabaret des années folles: la femme en fuseau rouge, la vieille dans le miroir, les massacres. C’est l’époque! Voir le post sur les costumes.) Eventuellement côté son introduire la Gaîté parisienne d’Offenbach pour traiter la scène d’amour entre le fou et la nonne.


et hop-là!

Voir aussi Karol Szisz Manowski pour la musique (introuvable sur internet, le seul lien existant, en polonais bien sûr, fait systématiquement planter mon ordinateur…)

Voir aussi James Ensor pour la peinture de ces années là. L’expo à Orsay n’est pas encore terminée!
Parlant de grande mascarade et bouillie des corps – massacres de la grande guerre et cabaret – (« une pâte bouillonnante de corps » dans la dernière scène de la pièce.), on a ça par exemple:

C’est un truc qu’on gagnera à travailler avec l’atelier corps de Laura, ça. Ne pas oublier l’idée de l’emballage pour rappeler Kantor également (sa mise en scène du Fou et de la Nonne, consulter les notes dans Le théâtre de la mort.)

On reprend la fin du premier acte là où l’on s’était arrêté.

ACTE I

En scène: Roland, Lola. Côte à côte sur le lit. « Pourquoi avez vous fait cela » (Soeur Anne)

On cherche l’évolution de la relation pour l’instant.

Improvisation.
Soeur Anne: « pourquoi vous empoisonniez-vous avec des narcotiques? Répondez » Petite difficulté de jeu. Il y a un silence, il ne lui répond pas. Alors pourquoi? Il se lève. La question c’est de savoir qui se lève et quand. Il se lève avant ou après la réplique des narcotiques? Juste après sa réplique:
« maintenant je saisis très bien », il s’avance, tellement heureux. Ensuite elle: « pourquoi vous empoisonniez vous avec des narcotiques? »

Quelque chose qu’on a commencé à voir dans le travail: le rapport entre soeur Anne et Walpurg est complètement aléatoire. Faut pas croire qu’il tient à elle ou qu’il ne tient pas à elle, faut pas projeter les choses. Le rapport entre les deux est parfaitement surprenant à chaque moment.

On reprend sur le bonheur / la torture pour entendre le changement de ton.
Difficulté de Roland : le ton n’est pas juste. « alcool morphine […] le malheur. » Ensuite: « le bonheur? La torture! » De nouveau un dialogue intérieur mais toujours dans cette haine « ils m’ont sauvé pour que je finisse cette existence dans la torture ». C’est très violent et ça n’a pas besoin d’être debout.
Ensuite le changement de ton. « J’exterminerai toute cette race de bourreaux ».

On peut essayer autre chose: Walpurg reste debout après s’être présenté et l’avoir amenée sur le lit.
Difficulté de Roland: la violence va et vient.

Quand on bloque, il faut essayer des choses, improviser avec son texte à la main. C’est comme ça qu’on trouve.

Walpurg debout à côté de soeur Anne. « Permettez que je me présente ». Décroche en faisant le tour du lit par derrière sur « Probablement parce que vous lisiez mes poèmes ». Arrive en avant-scène jardin.
-S’assoit à côté de soeur Anne sur « en plus de cela, le malheur ». Non.
- Essayons autre chose : continue à marcher en avant-scène de jardin à cour sur «alcool, morphine, cocaïne», c’est peut-être mieux qu’elle reste seule sur le lit pour le moment. S’arrête sur « le malheur ». Montée violente. Mieux vaut rester en place, jusqu’à « cette race de bourreaux ».

-Se donner le temps!-

Ensuite, montée silencieuse sur soeur Anne.
Prendre un mouvement ample dans les déplacements: quand tu montes vers le fond « bonhomme de chemin comme si de rien n’était », aller vraiment au fond (soeur Anne, tu te retournes). Sur « le troisième tome », tu redescends. Pas besoin de la regarder. « Fini ». Après « fini » tu la regardes.

-Les mouvements amples, bien placés, bien tendus.-

« La torture » → « race de bourreaux »: tu attaques le couloir, là, avant-scène jardin. Montée en force.

Remontée tout doucement. Petit à petit en montant Walpurg a son visage qui s’éclaire, il sourit. Petit jeu avec le menton, à peine, pour obliger soeur Anne à bouger et lui faire une place. Soeur Anne, un petit temps, tu bouges pas tout de suite tes fesses. Et puis bon, d’accord… Walpurg s’assoit. « Vous savez, quand j’étais à l’école… »

« Je ne pouvais pas comprendre, maintenant je saisis très bien », soeur Anne descend en ligne droite. « Pourquoi vous empoisonniez vous avec des narcotiques? » Silence. Soeur Anne ne se tourne pas vers lui. « Répondez ». Un regard vers lui et revient au public sur « Je ne peux pas comprendre ».

En descendant Walpurg: « Meine Körperschale konnte meine Geitesglut nicht aushalten ». Il arrive à côté de soeur Anne en avant-scène.

(kikoo kleist
hihi
il fut un temps où la compagnie jouait en trois langues, hein!)

« Mais pourquoi à notre époque tout finit-il justement ainsi » appelle un rapprochement. Donc Walpurg sur la réplique d’avant, décroche et revient à la place auprès d’elle.
Donc: « le feu de mon âme a consumé mon enveloppe terrestre », silence, « vous comprenez maintenant » à côté d’elle. Décroche sur « et une fois que la machine ». En place à cour « le cerveau s’épuise et la machine continue », regard, revient vers elle sur « c’est pour cela ». En place « imaginez » derrière il y aura des images, donc ne te retourne pas pour pas faire doublé.

« fonce aveuglement ». Silence. Walpurg part, Soeur Anne balance à ce moment là « mais pourquoi », Walpurg remonte à jardin. En place fond jardin « autrefois on n’avait pas à chercher la forme pure dans l’art ». Redescend en avant-scène sur « et la vie n’était pas une agitation » en attaquant le public. Se rapproche d’elle sur « pâte épaisse → cruauté ».

(je pense tout à coup qu’il y a un écho entre ce beau moment sur la « pâte épaisse de brutes » et la « pâte bouillonnante de corps » de la fin de la pièce. Cette scène finale m’intrigue, oui, vous aurez compris…)

Walpurg se détache « de notre vie », se rapproche « de pitié que vous pour moi »
Soeur Anne et les trois « mon dieu » : le premier en place, émotionnel, juste après qu’il ait parlé, part sur le second, le troisième à la chaise.

-Parenthèse sur Shakespeare-
A propos des trois fois: si Shakespeare écrit trois temps c’est que les trois sont différents. Words, words, words. (C’est un bon test pour évaluer les acteurs, ça…) Premier temps, la grammaire, deuxième temps, la haine des mots (merde!), troisième temps, rejoyce.
Ici: mon dieu – surprise, mon dieu – recul, mon dieu -acceptation (en accélérant pour s’asseoir à la chaise). Surprise – hésitation – décision, aussi.
Quand tu sentiras les trois temps, ça va te transformer, eeeh oui.

« Bon assez » Walpurg. Ya quelque chose du jeu comique du bouffon qui suit une personne dans la rue en faisant la même chose qu’elle. Walpurg la suit sans s’approcher trop. Quand elle hésite et s’arrête sur le second mon dieu (l’impression qu’elle va s’évanouir, une fois n’est pas coutume), il s’arrête aussi, elle accélère jusqu’à la chaise, tu accélères aussi. Elle s’assied. T’es derrière: « oh assez » et tu la coupes.

Tu enchaînes. « une chose est sûre ». Tu as senti qu’elle a eu un moment d’émotion, tu vas derrière le lit. Soeur Anne le regarde sur « perversion et la folie » (mais qu’est-ce qu’il veut dire?!). Walpurg continue en tournant du côté gauche du lit « je parle de la forme », « les chacals » (prends les vers le couloir), « la forme est liée à la vie ». Et comme pour le quand j’étais à l’école et la biographie de Kleist, « parlons maintenant de vous », en s’asseyant sur le lit.
S’allonge, ouh ouh.
Soeur Anne : « il ne pouvait pas rompre avec une (regard Walpurg), dame (au public) ». Walpurg « même les ingénieurs » au public également.

Ensuite Walpurg « comment le sais-tu? », se décale vers elle (pas le texte en même temps que le mouvement)
Soeur Anne se lève sur « appelez moi ma soeur »
Sur les répliques de Walpurg « comment le savez-vous ma soeur », soeur Anne avance, elle veut partir à nouveau.
Walpurg la rejoint sur « un fou en camisole » et se décale vers jardin pour sa montée à partir de « je ne sais pas qui a tué l’autre » pour aller chercher « torture quotidiennement » en haut à jardin . Ensuite le rire de souffrance et satanique. Et tu t’effondres, à genoux.
Soeur Anne calme le jeu : « pourquoi êtes-vous ici? ».
Walpurg « système nerveux trop faible » etc, monologue de Richard III là, sotto voce, monologue de folie. Bouge surtout pas. Crise de folie. Délire face public, s’il te plait. En te balançant.

(ouais, comme un chien, je maintiens!)

*tire sur son clope * et ça juste pour rire

Soeur Anne va s’asseoir.
Ensuite Walpurg, « content » (dit Witkiewicz): de la tempest au ciel bleu, d’un coup.


(hihi, et on ne se lasse jamais de vivaldi)

Ensuite la scène “Mater Dolorosa” (voir la pierre philosophale, la pièce d’Artaud qui se rapproche le plus du Fou et de la Nonne).

Tout un moment à la chaise. Une tendresse en train de se nouer entre les deux, à travailler dans la dentelle tout cela.
Anne les deux mains sur sa tête. Faudra figer ce tableau là, cette image, c’est important que le momen dure un petit peu, c’est vraiment essentiel. Soeur Anne se lève doucement sur « je ne peux pas ». Lui reste à genoux.
Walpurg grande souffrance tout le moment jusqu’à « Et cela n’a pas de fin ».
Mouvement de Walpurg s’approchant et implorant quasiment soeur Anne sur « le docteur? Vous voulez que je subisse une nouvelle crise » et à la fin il met sa tête contre son ventre. « Et cela n’a pas de fin. »
Elle recule d’un pas dès qu’elle sent sa tête.
Soeur Anne, une grande paix en elle car elle est devenue mater dolorosa, elle a trouvé de quoi se sacrifier… Elle s’abandonne. « Pour vous je ferai n’importe quoi » etc.. tout entier au public. Ensuite le relève et le tourne face public. Lui défait la camisole. Il s’étire.

« Il a l’air d’un boxeur près pour la lutte » écrit Witkiewicz…
Maintenant voilà le fauve!


(encore un tableau qui date de 1930, étonnant non? voir à propos de Pierre Bonnard et puis penser un peu à Arthur Cravan, ça peut pas faire de mal non plus à propos de wilde things)

Walpurg s’avance et se retourne vers elle « maintenant je suis libre »
Se rapproche d’elle.

Impro.

Reprise:
Elle est à côté du lit. Remontée de Walpurg après « donnez moi votre parole que vous ne ferez rien d’autre », il fait tout le tour de la table, il a les bras libres, il peut agir, liberté de corps sur « femme au monde, avec vous… » Le vol du bourdon!
Soeur Anne « j’ai peur – tout cela est si terrible » ; il s’approche
« ne vous approchez pas »; il lui prend la main

Il la prend par les épaules sur « accompli sur cette terre »
Walpurg : « Embrasse moi », silence premier baiser, « quel est ton prénom »
Soeur Anne: « Alina » en l’allongeant
Walpurg : « Alinka?… Tu m’aimes. » ; il enlève sa chemise
Walpurg : « il n’y a pas de tourments éternels » coiffe arrachée, commence à la déboutonner, « récompense » tu commences à la toucher, Walpurg est allongé à côté d’elle, là.

Et puis.. « il le faut, il le faut » pom pom pom pom!

Muss es sein? Es muss sein!

«minute unique… »

NOIR.

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